Même si le retour de la pluie depuis une dizaine de jours sur certains secteurs redonne de la vie à notre Nature, il n’en reste pas moins vrai que nous sommes toujours en période sèche ; depuis le printemps, la vision d’une Normandie verdoyante n’était plus d’actualité. Malgré cette année caniculaire, presque sans eau depuis le mois de mai, demeure globalement une belle saison apicole qui a rapidement touché à sa fin, faute de fleurs à butiner. Les récoltes sont maintenant terminées, les petites miellées tardives sur la luzerne par exemple n’ont pu être exploitées, concentrons nous maintenant à la mise en place du traitement anti-varroas… Les colonies ont été resserrées pour celles qui ne garnissaient pas la totalité du corps de ruche, la visite complète effectuée pour vérifier l’état sanitaire, les portières mises. C’est l’heure maintenant du bilan.
Le frelon asiatique : plan de lutte. D’après le bilan fait par la FREDON Normandie à la mi-août, les premières tendances sont constatées, avec une année « dans la moyenne », mais des écarts importants entre le sud et le nord du département. Certaines communes de l’extrême nord de la Manche ont même connu une augmentation de 25% du nombre de nids par rapport à l’an dernier à la même date. Les conditions climatiques influent sur la densité des colonies et leur répartition géographique.
Par ailleurs, le gouvernement a légiféré sur le frelon à pattes jaunes en 2025. Un plan national est en cours de validation courant 2026. En parallèle, l’État a débloqué des aides au printemps 2026 dans le cadre de la mise en œuvre de la Stratégie Nationale Biodiversité dans les territoires. FREDON Normandie a obtenu un financement pour développer la détection précoce des nids, dans les départements où elle organise la lutte collective, à savoir la Manche et le Calvados.

Objectif du programme : l’objectif est de faciliter la détection plus précoce des nids de frelons à pattes jaunes découverts dans les arbres à la chute des feuilles, par les nouvelles technologies du type infrarouge.
Piéger sur les ruchers où il est présent est primordial, même si cela n’endiguera pas le prélèvement d’abeilles mais réduira la nuisance. Un petit rappel sur l’appât : 1/3 de bière brune, 1/3 de vin blanc et 1/3 de sirop de fruits rouges. Un autre appât qui fonctionne également bien : un mélange d’hydromel et de cidre, également l’eau résiduelle de la fonte des cires.
Le stockage des hausses. À effectuer après les avoir fait lécher sur les corps de vos ruches (en aucun cas ne les mettre à lécher à l’air libre, cela crée une grande excitation, favorise le pillage et attire les abeilles des ruchers voisins avec un risque d’échange de maladie…), vous pouvez en positionner jusqu’à 4 en même temps par colonie, mais surtout attendez la tombée de la nuit, le trou de nourrissement ouvert, vous les laissez trois ou quatre jours, pas plus car les abeilles peuvent à nouveau stocker, elles vous les nettoieront et reconstruiront ce qui a été détérioré, et en plus cela a un effet boostant pour relancer la ponte.
Les cadres avec du pollen peuvent être rassemblés dans une même hausse et redonnés à une colonie en manque de ce pain d’abeille ; vous placez alors la hausse en-dessous du corps et normalement les abeilles remonteront le pollen stocké. La propolis sera grattée et conservée pour ensuite, éventuellement, être diluée avec de l’alcool de fruits et ce mélange pourra servir de badigeon pour l’intérieur des ruches, ruchettes ou cadres.
Laissez un espace vide de 2 ou 3 cadres par hausse qui sera comblé au printemps prochain par des cadres cirés neufs.


Combattre la fausse teigne. Afin de ne pas avoir de mauvaise surprise au printemps en découvrant la cire des cadres mangée par la fausse-teigne, empilez les hausses sur un support type parpaings, posez une grille à reine, un ensemble d’une dizaine de hausses également coiffée d’une grille à reine et le tout sous une avancée, un toit aéré débordant… ce qui permettra une ventilation de la « colonne » et les larves de fausse-teigne ne pourront pas se développer. Surtout ne pas les stocker au fond du garage.

L’état des provisions : vous ne trouverez aucune homogénéité de vos colonies dans la gestion des provisions, certaines seront conséquentes, ne pas hésiter à répartir les réserves sur d’autres plus faibles et apporter si nécessaire un complément en sirop non-dilué à celles qui sont vraiment légères (celui du commerce présente un avantage : il est tout prêt et ne dégage aucune odeur, si bien que vous ne risquez que très peu le pillage). Un conseil : il vaut mieux nourrir au sirop car il est plus assimilable que le candi, davantage indiqué en période hivernale.
Resserrer ses colonies. C’est une gestion au cas par cas, certaines seront tellement populeuses que vous les laisserez sur les 10 cadres de corps. Cependant, beaucoup auront besoin d’être partitionnées avec des partitions dites chaudes (isolantes et réfléchissantes), elles ne passeront que mieux la période hivernale (c’est un aspect d’une grande importance, parfois négligé).


Le regroupement. Même si deux non-valeurs ne feront jamais une forte colonie… vous pouvez tout de même réunir deux petites afin qu’elles puissent passer la période hivernale ; pour cela, attendez le soir et vous superposez les deux ruches séparées de deux feuilles de papier journal (entaillées de quelques coups de couteau) ; la Nature fera le reste, les odeurs vont se diffuser, se mélanger et la reine la plus vaillante tuera sa rivale. Le lendemain ou le surlendemain matin, les deux colonies n’en feront plus qu’une.
Le conditionnement du miel. Le miel ayant bien décanté (une dizaine de jours), il peut maintenant être mis en pots ; certains apiculteurs l’ensemenceront avec un miel à cristallisation très fine (la plupart des miels de printemps) pour lui donner un aspect plus crémeux et plus agréable en bouche avec sa cristallisation fine.

Que faire de la cire ? Il y en a deux sortes, celle des cadres réformés dite « de corps » qui sera fondue à la chaudière ou un peu plus tôt dans la saison, au cérificateur solaire (en cette année 2026, il n’y a eu aucun problème à fondre les cires, le soleil était tellement présent que plusieurs fournées pouvaient être mises en place le même jour). Elle sera revendue ou échangée chez votre fournisseur de matériel apicole.
Vous avez également de la cire d’opercules, moins abondante, mais d’une grande pureté, il faut l’isoler et la conserver sur plusieurs années en fonction du nombre de ruches dont vous disposez, et ensuite la recycler, sur chaque secteur du département, La Manche Apicole prête à ses adhérents un gaufrier à cire à refroidissement par eau, le meilleur moyen pour utiliser ses propres cires, les abeilles vous le rendront bien.

Traitement varroa. Quelle que soit la méthode de lutte retenue, un traitement est à effectuer juste après la récolte.

Prochain rendez-vous en octobre.
A.L. et K.L.

