Depuis maintenant plusieurs années, nous retrouvons le même scénario : vent de nord-est, fraîcheur, manque d’eau, autant d’éléments défavorables à la végétation, aux floraisons donc à la pratique de l’apiculture. Un adage qui aura pu encore se vérifier : « en avril ne te découvre pas d’un fil ». Pendant tout ce mois, il aura fallu jouer avec la météo pour aller vérifier si tout se passait bien à l’intérieur des ruches, visites brèves pour retirer les cadres de rives, mettre des cires à bâtir et les repositionner au centre du nid à couvain, toujours en s’adaptant au yoyo météorologique ! Il faudrait maintenant un peu de pluie, la terre est sèche, ne favorisant pas la croissance du trèfle blanc.
Belle floraison tout de même dans notre bocage, nous avons vu les hausses se remplir pour les colonies bien développée ; le constat d’une floraison avancée devrait accentuer le « trou de miellée » avant la grande miellée d’été…
Les visites de printemps sont maintenant terminées, les cadres de cires mises à construire ont pu être recentrés dans le nid à couvain. Ce changement de cadres cirés a de multiples avantages, il permet d’une part à nos jeunes cirières de travailler, de permettre à la reine de pondre dans une cire neuve, de limiter l’essaimage et bien sûr de permettre une bonne rotation des cadres, gage d’un bon renouvellement de ceux-ci pour diminuer la pression de certains agents pathogènes et ainsi assurer une bonne conduite apicole.
Pour les néophytes, où placer ces cadres de cire gaufrée ? Entre celui du pollen et le premier cadre de couvain. Si vous en avez mis deux à construire, un de chaque côté, repassez sur vos ruches une semaine après et repositionnez-les tous les deux dans le centre. Pensez à numéroter les cadres neufs pour faciliter cette rotation. Autre précision sur ce sujet, cela permet également de faire développer plus rapidement la colonie car au centre du nid à couvain, la reine viendra très rapidement pondre.
En règle générale, le couvain était cette année bien compact, concentrique, avec du pollen ainsi que de la nourriture au-dessus. Pour les colonies manquant un peu de population (celles ayant, par exemple, subi les attaques de frelons asiatiques l’automne dernier), vous trouverez un peu de couvain dit « plâtreux », car il y a eu un manque certain de chaleur au sein de la ruche. On a pu y remédier en resserrant les cadres et en plaçant des partitions isolantes et réfléchissantes (parfois appelées « chauffantes »).
Sur quelques secteurs bien protégés, les hausses posées sur les colonies qui avaient 6 cadres de couvain ont pu se remplir. Une remarque tout de même, il y a plusieurs années, faire une récolte de printemps relevait de l’utopie, mais aujourd’hui, non seulement il y a possibilité d’en faire une, mais cela est indispensable si l’on ne veut pas voir ses ruches essaimer de façon massive.
Avant la pose des hausses, faites attention à ne pas refroidir les colonies, vous allez ajouter un volume vide d’une demi-fois celui de la ruche ! N’hésitez pas à placer entre celle-ci et le corps de ruche, un isolant sur une partie des cadres (morceau de couverture de survie, carré de toile cirée ou isolant multicouches…) c’est fortement recommandé. Au-delà de 6 cadres de couvain, des essaims artificiels ont pu également être constitués pour à la fois « dégonfler » certaines colonies, augmenter son cheptel ou pallier aux pertes hivernales toujours aussi importantes.

Ceux qui ont des balances connectées ont pu suivre leurs ruchers distants et s’apercevoir que sur quelques emplacements bien protégés, les hausses se sont bien remplies, parfois deux par ruche… À l’heure de la parution de ce texte sur le site, les prévisions sont plutôt bonnes quant à la récolte estimée. Vous pouvez suivre les évolutions de poids de quelques ruches dans les ruchers-écoles sur le site internet de La Manche Apicole (menu « communication »).
La période tant redoutée de tous les apiculteurs reste l’essaimage et même si vous avez été prévoyants, donné de la cire à étirer, posé des hausses, fait des essaims… quelques départs vont quand même être constatés malgré tous ces efforts, mais pour se rassurer, mieux vaut un départ maintenant qu’à la fin du mois, la colonie aura le temps de se reconstituer et pourra tout de même faire une récolte d’été… Déjà, dès le début du mois, des essaims sont partis. Il ne faut toutefois pas oublier que l’essaimage reste le mode de reproduction naturel des colonies d’abeilles, mais voir ou constater une ruche se vider d’une grande partie de sa population peut engendrer un certain découragement, soyons donc vigilants. Plusieurs dictons à méditer : essaim de mai vaut vache à lait… ou charrette de blé… et celui de juin vaut charrette de foin…

En ce début de printemps, la fièvre d’essaimage a parfois pu s’installer, et fort heureusement, rien ou presque ne peut contrer ce rituel ancestral. Les ouvrières, poussées par cet instinct, édifieront des cellules royales en nombre qui pourront potentiellement donner naissance à autant de reines et de surcroît à plusieurs essaims secondaires qui au fur et à mesure des départs, affaibliront de façon conséquente la colonie. En fonction de la météo, quelques jours avant l’éclosion de la première cellule, la vieille reine, mise à la diète pour réduire son poids et lui permettre de s’envoler, partira avec 30 à 50 % de la population ; de la première éclosion sortira la reine de la colonie et les ouvrières procèderont à la destruction des cellules restantes (sauf si naissances simultanées, dans ce cas il y aura des essaimages secondaires, avec même plusieurs reines vierges dans le même essaim).
Quelques jours après sa naissance, si les conditions météorologiques le permettent, la jeune reine s’envolera pour le vol nuptial, accompagnée d’une vingtaine d’abeilles. Elle sera alors fécondée par plusieurs mâles ou faux bourdons (une vingtaine) provenant de diverses souches génétiques. Durant sa vie, ce sera sa seule sortie de la ruche (en dehors de l’essaimage). Dans certains écrits, il est relaté le fait que la reine pourrait faire plusieurs sorties…
À noter qu’il faudra surveiller, dans une ruche ayant essaimé, le « remérage », c’est-à-dire le fait que la nouvelle reine ait bien commencé sa ponte. Si, au bout de 3 ou 4 semaines après l’essaimage, l’on n’observe pas de ponte dans la ruche « souche », il faudra introduire dans celle-ci un cadre de couvain ouvert avec œufs, provenant d’une bonne colonie, afin que les abeilles élèvent une nouvelle reine ou bien sûr si vous en avez, vous pourrez toujours introduire une cellule prête à naître, en prenant bien soin de la protéger par un papier aluminium en laissant l’extrémité libre.

Il existe plusieurs sortes de cellules royales : il faut savoir identifier les cellules de sauveté, d’essaimage et celle que l’on appelle supersédure.
La sauveté : après une mort subite de la reine (faute de l’apiculteur ou mort naturelle), les cellules sont regroupées un peu partout sur plusieurs cadres, vous pouvez vous en servir pour faire des essaims.
Celle d’essaimage : les cirières ont construit des cellules dites amusettes (cette définition peut varier), en règle générale sur les bords et en bas des cadres et si la reine n’a plus de place pour la ponte et que les jeunes abeilles sont en nombre dans la ruche, les abeilles transporteront des œufs dans les cellules d’essaimages qui sont nombreuses et disposées de façon assez concentrique.
La supersédure : lors d’une défaillance de la reine par vieillesse ou début d’un ralentissement de ponte, les ouvrières vont décider de la remplacer en construisant en général une seule belle grosse cellule dans le centre du nid à couvain. Les abeilles changeront alors leur reine sans essaimer, c’est un vrai trésor que d’avoir dans son rucher ce genre de colonie, il faudra alors essayer de « soucher » sur celle-ci en élevant à partir de sa descendance.


C’est un peu l’effervescence au rucher et la présence de l’apiculteur est indispensable pour :
- Surveiller l’essaimage et essayer de le prévenir.
- Préparer des ruchettes et des cadres de cire gaufrée.
- La cueillette des essaims et la mise en ruche.
- Surveiller les colonies en développement et pour celles qui ont des hausses, surveiller le remplissage.
- Effectuer les premières récoltes. Les miels de printemps, et en particulier celui de colza, sont très riches en glucose. Cette caractéristique fait qu’ils cristallisent rapidement, y compris dans les hausses, d’autant plus si les températures sont basses. Il faut envisager les premières récoltes dès la défloraison des colzas, lorsque l’on voit les champs verdir (il faut, si possible, extraire dans un local chauffé et déshumidifié).

Comment prévenir l’essaimage ? Sans les détailler, voici quelques conseils, facilement applicables :
- À la visite de printemps, bien apprécier les provisions et enlever les cadres de rive, un ou deux bien souvent pourvus de réserves et les remplacer par un ou deux cadres de cire gaufrée à placer juste après le cadre de pollen.
- Au-delà de cinq cadres de couvain, prélever des cadres pour faire des essaims. C’est une stratégie « payante » : on limite l’essaimage et, à la fois, on obtient de nouvelles colonies.
- Poser des hausses pour donner du volume en ayant soin de mettre 2 ou 3 cadres de cire gaufrée au centre de celles-ci.
- Surveiller chaque semaine pour voir l’apparition des premières cellules et les détruire ; au bout de deux ou trois passages avec destruction, la fièvre sera normalement retombée. Attention : vérifier la présence d’œufs ou de très jeunes larves avant de détruire les cellules royales ! Cette pratique demande du temps et peut parfois perturber la colonie et la rendre agressive.
Grille à reine ou pas : à chacun sa méthode, mais sur le plan sanitaire, il est incontestable que les grilles à reine empêchent la ponte dans les hausses et ainsi le miel contenu dans les cellules n’est pas en contact avec celles qui ont contenu du couvain. Par ailleurs, le goût du miel peut en être un peu altéré et il peut dans certains cas, avoir un goût dit « animal ». De même, le travail lors de la récolte est grandement facilité grâce à l’absence de couvain.

C’est également la période favorable pour poser des grilles à propolis ? pour ceux qui veulent en récupérer pour leur consommation personnelle et également les trappes à pollen, qu’elles soient intégrées dans le plateau ou celles de façade. Un conseil : à moins que vous en ayez déjà récolté sur le saule, attendez la défloraison du pissenlit, car son pollen est très amer. Ce pollen pourra être utilisé de deux façons : pour la consommation de l’apiculteur, ou pour distribuer aux colonies à la sortie de l’hiver en le mélangeant avec du candi, il aura un effet dynamisant.

La météo reste la clé de la réussite de l’année apicole, alors soyons optimistes même si le « temps des fleurs » reste très court…
Rendez-vous maintenant en juin.
A.L. et K.L



