
Du jamais vu… La dizaine de jours de canicule que nous venons de subir n’a pas eu que du bon sur nos ruchers. Il y a une trentaine d’années, nous préconisions l’installation des ruchers au soleil, afin que les premiers rayons matinaux puissent « chatouiller » rapidement nos avettes ; aujourd’hui, ce constat de chaleur intense et répétée nous amène à penser autrement : ne doit-on pas privilégier les ruchers à l’ombre l’après-midi ? Peindre les toits en blanc ? Favoriser les toits chalets qui procurent davantage de ventilation ? Et sûrement bien d’autres interrogations pour lesquelles nous aurons l’occasion d’échanger. Une première tout de même dans notre département, des colonies ont vu quelques cadres couler dans le fond des ruches…

Le « trou de miellée » ne s’est pratiquement pas fait ressentir cette année, les floraisons étant avancées d’une bonne quinzaine de jours, la miellée d’été a aussitôt succédé à celle de printemps. Un bémol tout de même, les fortes chaleurs ont asséché les nectaires, raccourci la durée des floraisons, si bien que la soi-disante grande miellée d’été s’est très vite arrêtée. Mais ne pleurons pas, les hausses se sont tout de même bien remplies et les extracteurs n’ont pas eu le temps de chômer !
Signe que la miellée se termine. Pour les amateurs de pollen frais, des trappes peuvent être installées pour récolter ces protéines végétales riches en vitamines. Ces prélèvements sont faits de façon modérée et raisonnée pour ne pas impacter les réserves de la colonie. Un constat, lorsque les rentrées de pollen s’amenuisent, c’est le signe que la reine a diminué sa ponte et que l’arrêt de la miellée est proche.

Une deuxième vague d’essaimages a eu lieu en juin, anéantissant les espoirs de l’apiculteur, mais comme chaque année, il y a toujours un peu de désolation face à ce phénomène naturel, qui est rapidement compensé par l’immense plaisir que procure notre passion…

Essaims artificiels. Les essaims artificiels ont donné satisfaction, et vu les belles reines aperçues, elles reflètent le signe que la fécondation a été de qualité. Sur les premiers essaims créés, des haussettes ont d’ores et déjà été placées sur ces petites colonies. Les reines ont pu être marquées, cela facilite les choses lors des visites et permet de mieux contrôler leur âge. Même si les floraisons ont été quelque peu « grillées », il reste peut-être encore de la matière à butiner, sans doute du miellat, les butineuses peuvent encore travailler sans relâche et finir de combler les vides dans les hausses.

Pour ceux qui auraient pris du retard sur la confection d’essaims artificiels, il est toujours temps d’en faire, mais ne tardez pas car les mâles ne seront plus présents pour très longtemps, d’autant plus que la fin de miellée sera très précoce. Veillez à ne prendre que des cadres avec du couvain ouvert et en resserrant les colonies en plaçant des partitions, cela ne pénalisera en aucun cas la miellée car pour rappel, entre la ponte et une butineuse, il vous faudra attendre 42 jours.
En règle générale, les essaims faits à cette période essaiment peu la saison suivante car les reines n’ont pas encore une année de ponte derrière elles. Car l’essaimage reste tout de même la préoccupation majeure pour l’apiculteur.
Cire neuve. Ce n’est plus le moment de mettre des cires à construire, le nombre de cirières a considérablement diminué et vous n’aurez plus de cadres bien bâtis ! Concentrez-vous sur la surveillance du remplissage des hausses ; en cas de chaleur humide, le nectar rentre à flot et une petite semaine suffit généralement pour les remplir. Sachez que par une belle journée, ce sont entre 7 et 8 litres de nectar qui peuvent rentrer sur les colonies les plus fortes (nectar ne veut pas dire miel, il sera transformé dans le jabot de plusieurs abeilles et ventilé avant qu’il ne devienne miel)… Elles en mettent alors partout dans le corps de ruche et remontent ce nectar la nuit dans les hausses.

Allez le soir visiter votre rucher, vous sentirez des odeurs bien caractéristiques d’une miellée qui se déroule dans les meilleures conditions et pour les plus aguerris, vous reconnaîtrez à l’odeur la plante qu’elles sont allées visiter le plus et vous observerez les ventileuses battre des ailes afin de créer un courant d’air pour assécher le nectar. C’est un spectacle dont on ne se lasse pas ! Vous pouvez retirer des cadres operculés pour les extraire et dans la foulée les remettre vides, le dynamisme que cela engendre incite nos petites protégées à les remplir à nouveau… Vous pouvez en mettre un sur deux sur les hausses que vous allez poser, le dynamisme sera toujours présent. Dans tous les cas, ces cadres odorants seront remis à la ruche à la tombée de la nuit pour éviter le pillage (un mal souvent sous-estimé).

Encore et toujours, surveillez les remérages. Dans les colonies où vous ne constatez pas de ponte, introduisez des cadres comprenant des œufs ou un carré découpé à l’emporte-pièce de très jeunes larves afin que les abeilles puissent élever une reine si elles devaient ne plus en avoir.

À partir de maintenant, la reine réduit considérablement sa ponte et plus on avancera dans le mois et moins les butineuses seront nombreuses. Après le 14 juillet, la grande miellée tant attendue sera presque terminée (et probablement avant cette année, surtout s’il ne pleut pas rapidement pour faire fleurir les trèfles blancs). Pour ceux qui ont des ruches sur les bruyères de la lande de Lessay, des falaises de Champeaux, les landes de la Hague ou des emplacements à proximité de champs de sarrasin, la miellée pourra se poursuivre un peu mais l’essentiel aura déjà été récolté.
Préparons maintenant la miellerie pour accueillir les hausses et récolter le miel, récompense de tous nos efforts (le local doit être propre et sec).
Au mois prochain. A.L. et K.L.
