
Jusqu’au 15 mai, les saints de glace Mamert, Pancrace et Servais n’ont pas dérogé à la règle cette année, les températures ont été très basses et proches de la gelée, le vent d’Est a également soufflé. L’embellie du mois d’avril s’est vite trouvée anéantie par ce froid durable jusqu’à cette période caniculaire des dix derniers jours, semblable à un mois de juillet, ce qui a considérablement favorisé les essaimages que nous avions crus être derrière nous…
La miellée de printemps est maintenant terminée, l’extracteur a fini de tourner, le miel a eu le temps de se reposer, pas trop longtemps car ce premier miel de l’année a la particularité de cristalliser rapidement et il possède une texture très fine, dûe au pourcentage élevé de glucose. Le miel de printemps est ainsi facilement tartinable. Si vous le souhaitez, vous pouvez en garder un peu pour le mélanger avec le miel d’été, afin que celui-ci soit également agréable en bouche.
Pour ceux qui ont récolté du colza ou du saule, il a fallu faire vite pour le conditionner car les floraisons étaient en avance, vous avez pu enlever uniquement les cadres operculés et remplacer ces derniers par des cadres vides cirés ou juste avec une amorce de cire pour donner de l’occupation à la colonie. Attention à l’humidité de ces miels printaniers, le pourcentage peut être élevé et la récompense peut vite tourner en désespoir de voir son miel fermenter… L’acquisition d’un réfractomètre ainsi que d’un déshumidificateur ne représentent pas de l’argent perdu, vous constaterez par vous-même l’utilité de cet équipement. La mise en pots terminée, le nettoyage de la miellerie a pu avoir lieu.
Rappelons que le miel est un produit alimentaire dont la vente est soumise à une réglementation (hygiène, étiquetage, traçabilité…) que chacun doit connaître et appliquer. Pour en savoir plus : bonnes-pratiques.itsap.asso.fr/
Après une belle miellée en avril pour les colonies suffisamment développées, ce n’était pas un début de printemps où il fallait partir en vacances… De belles récoltes ont été faites dans le centre et le sud-Manche, avec même des miels différents de couleurs parfois très pâles à ambrées.

La pluie est attendue pour favoriser la pousse des ronces et du trèfle qui commencent à fleurir, la miellée d’été dite « grande miellée », démarre avec une dizaine de jours d’avance sur les habitudes… Le « creux de miellée » a été bref, vérifiez bien vos essaims artificiels afin qu’ils ne manquent pas de nourriture et n’hésitez pas à les renforcer en couvain ouvert, ce qui ne pénalisera pas la récolte puisqu’il faut 42 jours pour faire une butineuse. Les colonies sont dans les « starting block », débordent d’abeilles (environ 70000 à cette période), donnez-leur du travail, cadres de hausse à construire et si la colonie est très populeuse, n’hésitez pas à mettre une deuxième ou troisième hausse.

Les boutons floraux des tilleuls commencent à s’ouvrir, pointent également les chatons des châtaigniers. Pour information, saviez-vous qu’un arbre en fleurs d’une trentaine d’années possède un potentiel énorme en production de nectar ? D’où l’utilité de planter également des arbres mellifères pour ceux qui possèdent un peu de terrain.
Si vous êtes curieux et disposez de temps, vous pouvez faire des mini-extractions au fur et à mesure des floraisons, pour avoir des miels de différentes origines florales ; il est vrai que dans la Manche, il est toujours compliqué d’avoir des miels monofloraux car la météo nous joue souvent des tours. N’hésitez pas également à faire construire des cadres de hausse, 2 à 3 par élément, pour toujours avoir de la cire en bel état et essayer de prévenir l’essaimage, moins présent, mais toujours d’actualité.
À partir de maintenant, un temps ensoleillé, une hygrométrie favorable, des fleurs en abondance et des butineuses en quantité favoriseront le remplissage des hausses ; passez régulièrement sur votre rucher, car en une semaine la hausse peut être pleine et si vous voyez que toutes les conditions sont réunies, vous pouvez mettre deux hausses d’un coup, peu de risques à la saison que le couvain ne refroidisse.
La pose de la deuxième hausse : par-dessus ou par-dessous ? Voilà encore une question qui est régulièrement posée mais qui n’a de réponse que pour les apiculteurs convaincus de leurs certitudes. Nous avons essayé les deux méthodes sans aucune différence significative. Une indication tout de même pour ceux qui veulent procéder à des extractions intermédiaires, le fait de poser la hausse vide en-dessous de la pleine, favorisera le retrait de cette dernière pour extraire et ne perturbera que très peu la colonie. En tout état de cause, dans le doute, posez une deuxième ou une troisième hausse, cela donnera de la place à la colonie et évitera que les abeilles fassent la barbe sur la planche d’envol. Il faut penser que dans notre région la miellée est courte, donc ne passons pas à côté d’une récolte importante.

Les essaims : vous en avez sûrement récupéré quelques-uns ; n’hésitez pas à les stimuler, ils se développeront rapidement et pour certains vous empliront une « haussette ». Pensez à les traiter contre le varroa, avant que le couvain ne soit operculé. Un conseil : une quinzaine de jours après sa récupération et après avoir vérifié la ponte sur trois cadres au moins, cherchez la reine et tuez-la, c’est probablement une reine âgée de plus deux ans, et potentiellement de souche essaimeuse. Les abeilles lanceront un élevage royal et pour 2027 vous aurez une colonie dynamique car la vitalité dépend toujours de l’âge de la reine. Comme toujours, le remérage sera à surveiller de très près. Et même si l’année apicole est loin d’être terminée, vous préparez déjà la prochaine, en l’occurrence celle de 2027…
Après ces quelques conseils, place à la miellée qui, espérons-le, sera abondante. Rendez-vous maintenant en juillet.
A.L. et K.L
