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AU FIL DES MOIS… MARS 2020

Nous venons de traverser un mois de février, habituellement le mois le plus froid dans notre région, mais, cette année, extrêmement doux, pluvieux et venteux… avec de belles et inquiétantes journées à plus de 15° qui ont fait sortir de leur léthargie nos colonies et ont favorisé la reprise de la ponte de la reine (qui d’ailleurs n’a que très peu voire pas du tout cessé cet hiver). Les noisetiers sont encore en fleurs, les aulnes et les saules commencent à fleurir, quelques fleurs de pissenlit commencent à marquer les prairies d’un jaune intense. Le réveil est bel et bien là, soyons prêts à intervenir.

Tout apiculteur est impatient d’aller voir si tout son petit monde va bien, mais attention : il ne faut surtout pas ouvrir à moins de 16° pour cette première visite de l’année qui sera non pas appliquée mais très brève pour constater la densité de la ponte. Les abeilles d’hiver vont petit à petit disparaître pour donner naissance à celles d’été qui iront chercher le pollen et le nectar tant convoités.

Plusieurs points importants  :

  • Vérifier si la nourriture est suffisante, car la consommation, dans les semaines à venir ne va que s’accentuer. Si besoin, ajouter un pain de candi ou si les températures le permettent, à plus de 16° vous pouvez donner en fin de journée aux colonies les plus faibles un peu de sirop épais et tiède pour compléter les réserves.

 

Pain de candi maison

  • Un beau couvain, bien compact est signe que la colonie est prometteuse.

  • Un couvain clairsemé, c’est le signe que la reine est soit âgée ou qu’elle a été mal fécondée. S’il s’agit d’une jeune reine, c’est une non-valeur qu’il ne faudra pas garder, mais attendez le mois d’avril avant de la pincer.

  • Pas de ponte du tout : il n’est même pas nécessaire de garder la colonie. Si les cadres sont beaux, sans anomalie et sains, vous pouvez les conserver, ce sera un gain de temps appréciable pour faire augmenter une ponte dans une autre colonie. Les abeilles pourront être secouées au loin en déplaçant la ruche de son emplacement initial, les ouvrières restantes se répartiront dans les autres ruches à proximité et seront facilement acceptées car leur jabot sera plein.

  • Pensez à aller sur votre rucher en amenant des plateaux propres, ils seront échangés pour éviter toute propagation de maladies.

  • Attention au pillage ! Tout apiculteur rêve de n’avoir que des ruches populeuses et en pleine possession de leurs moyens, mais malheureusement, sans en connaître la cause, des colonies plus ou moins faibles et sans surveillance particulière, peuvent se faire piller et un pillage organisé ne dure que quelques heures… Vous allez perdre à la fois une colonie et vous risquez de contaminer une ou plusieurs autres s’il y a un problème sanitaire.

  • A la fin du mois, les ruches faibles avec un couvain faible mais compact, peuvent facilement repartir avec un nourrissement de stimulation, 50-50 donné tiède et le soir à raison de 20 cl tous les 2 jours ; pensez également à réduire le trou de vol pour éviter toute intrusion. Si c’est un sirop du commerce, le risque de pillage est moindre car il est sans odeur, mais attention à celui que vous fabriquez avec du sucre !

  • A la reprise de la ponte, les colonies vont avoir besoin de beaucoup d’eau pour la fabrication de la bouillie larvaire, mélange de pollen, miel et eau. Mettez-leur à disposition des abreuvoirs avec de l’eau saine ; avec un peu d’imagination, vous pourrez facilement trouver le moyen pour que les abeilles ne se noient pas… Changez l’eau régulièrement et si les abreuvoirs sont mis suffisamment tôt, elles en prendront l’habitude et n’iront pas chercher cette eau sur des flaques qui ont pu contenir des traitements agricoles, des hydrocarbures ou tout autre produit polluant…

  • Attendez impérativement la fin du mois pour agrandir le nid à couvain, il ne faut pas augmenter prématurément le volume car les nuits sont encore fraîches et la population encore insuffisante, ce sera le moment de faire une visite approfondie et de changer les cadres noircis.

  • Dans le même ordre d’idée, n’hésitez pas à réduire le volume des colonies faibles et à ajouter des partitions isolantes et réfléchissantes, cela va considérablement aider les abeilles dans leur développement en maintenant la chaleur dans le nid à couvain.

Rendez-vous au mois d’avril. A.L. et K.L.

AU FIL DES MOIS… FEVRIER 2020

Après avoir connu un mois de janvier relativement doux où les chatons des noisetiers sont apparus avant le 15 et de ce fait un début de collecte de pollen, février reste la période la plus froide dans notre région. Mais lorsque le soleil est présent, la température peut dépasser les 13°, ce qui est suffisant pour provoquer des sorties en nombre des butineuses vers les saules et noisetiers en fleurs, signe extérieur que ces dernières vont favoriser la relance de la ponte de la reine, mais avec ce redémarrage de l’activité, les abeilles vont consommer davantage : il faut absolument surveiller les réserves et ne pas hésiter à les compléter en posant un pain de candi.

Abeille qui récolte du pollen de noisetier

Pain de candi maison

En fonction des colonies, l’activité peut être plus ou moins intense, la reine n’est peut-être plus présente, ou trop vieille, d’où l’importance du marquage pour en connaître son âge signalé soit avec une punaise de la couleur de l’année plantée sur la ruche ou un relevé sur la fiche de conduite de chaque ruche…S’il n’y a pas suffisamment d’abeilles pour stimuler sa ponte, il faudra attendre une belle journée à la fin du mois ou en mars pour ouvrir et établir un vrai diagnostic et stimuler au sirop tiédi à 35° si cela en vaut la peine.

Déposez des langes graissés sur le plateau de quelques ruches pour voir si le traitement anti-varroas fait à l’automne et celui éventuellement réalisé à l’acide oxalique du début d’hiver ont été suffisants ; faites un comptage et au-delà de 2 varroas/jour, il faudra penser à refaire un traitement.

Varroas sur langes

Si aucune abeille ne sort de la ruche par beau temps, il y a de fortes chances que la colonie soit morte, vous pouvez alors l’ouvrir, retirer les cadres, les fondre pour récupérer la cire qui ne devra pas servir à la confection de cire gaufrée (risque de maladie ou de pollution). En profiter pour ramener tous les éléments vides à l’atelier et nettoyer, gratter, passer au chalumeau, désinfecter tous les éléments où les abeilles ont pu passer.

Nettoyage du matériel à la flamme

Fondre les cadres

Si vous constatez des mortalités importantes, n’hésitez pas à le signaler à la DDPP. Il suffit d’envoyer un mail à l’adresse suivante : ddpp@manche.gouv.fr N’oubliez pas d’indiquer votre numéro d’apiculteur (NAPI).

Un constat cette année : des apiculteurs ont perdu des colonies en nombre, avec de la nourriture en quantité ; après discussions avec certains, il s’avère que le traitement anti-varroa a été mal fait ou pas fait du tout. C’est malheureusement le prix à payer pour celui qui néglige le traitement ou qui n’a pas pris suffisamment d’informations sur le sujet. Bien sûr, les causes de mortalité de nos abeilles sont nombreuses, toutefois le varroa est cité dans toutes les études comme un facteur déterminant.

C’est le moment également de passer en revue tout le matériel et faire une remise en état des cadres, ruches et ruchettes, pour ne pas être pris au dépourvu le moment venu. Préparez et cirez vos cadres, faites des partitions en nombre car nous en avons toujours besoin.

Partition en position 10

Cirer un cadre

Pensez également à déposer dès maintenant des pièges pour capturer des fondatrices frelons asiatiques, car même si 2019 a vu une nette baisse des nids, il y en a quand même eu 2000 de détruits ; nombre de nids n’ont pas été découverts et de jeunes reines sont actuellement en hivernage… Un premier frelon a été vu début janvier et un autre le 20 sur la région saint-loise. Soyons vigilants.

Quelques frelons asiatiques piégés.

Rendez-vous en mars. A.L. et K.L.


Février 2019 : sur un rucher d’une quinzaine de colonies comptant près de 60% de pertes, des nymphes (abeilles allant naître dans quelques jours) ont été prélevées dans des cadres de colonies mortes et observées à la loupe binoculaire. Sur 95% d’entre elles, les ailes étaient complètement atrophiées, signe immanquable d’une très forte infestation varroa (photo Karl Legeay).

AU FIL DES MOIS … JANVIER 2020

Mais que se passe-t-il donc à l’intérieur de la ruche ? Tout apiculteur, novice ou expérimenté, doit bien connaître le « fonctionnement » de ses colonies. Le froid est arrivé dans notre département après un mois de décembre globalement doux qui n’a fait que perturber nos abeilles. Les températures commencent à être négatives, la grappe est maintenant bien formée avec, en son centre, la reine et les provisions autour.

Pendant les mois d’hiver, les abeilles extérieures à la grappe constituent une « couche isolante » alors que celles du centre, en consommant le miel qui est désoperculé au fur et à mesure des besoins, réchauffent la grappe en contractant certains muscles. Attention, il ne faut en aucun cas les déranger, elles assurent leur survie en étant groupées, toute perturbation de la grappe peut mettre la colonie en péril. Lorsque le soleil sera bien présent et les températures un peu plus élevées, elles sortiront rapidement pour vider leur ampoule rectale ; pour ceux qui ont leurs ruches dans leur jardin, attention au linge qui est étendu, il pourrait se trouver maculé de tâches brunâtres…

La théorie voudrait que le couvain ne soit plus du tout présent, c’est donc le moment de faire un traitement complémentaire contre varroa (acteur principal dans la mortalité des colonies), à l’acide oxalique par dégouttement ou par fumigation, mais ATTENTION : protégez-vous en mettant un masque adapté qui protège des vapeurs d’acides organiques. Mettez également des gants et une combinaison car l’acide pénètre dans l’organisme par les pores de la peau ainsi que des lunettes de protection adaptées. Après ces traitements d’hiver, il est très intéressant d’observer les chutes de varroas pour avoir une idée de l’infestation et de l’efficacité du traitement d’été. Il n’est pas rare de constater la chute de plusieurs centaines voire de quelques milliers de ces parasites qui font des ravages dans nos colonies.

Si vous avez bien surveillé cet automne l’état des provisions, vous n’avez pas à vous inquiéter, mais si l’élevage a débuté, leur consommation va nettement augmenter ; n’hésitez pas à soupeser délicatement vos ruches et si vous jugez qu’elles n’ont pas suffisamment de provisions, vous pouvez déposer un demi pain de candi posé sur le trou de nourrissement en ayant pris soin de ne faire qu’un trou d’environ un centimètre pour éviter que le candi ne coule et englue la grappe. Pour ceux qui utilisent des nourrisseurs couvre-cadres, les soulever, posez délicatement le pain de candi ramolli au préalable sur la grappe d’abeilles, en ayant pris soin d’enfumer pour éviter les écrasements, mettre un journal ou une ou deux feuilles d’aluminium ménager pour calorifuger et retourner le nourrisseur (cette opération n’est possible que s’il fait suffisamment doux).

Pain de candi maison

Il semblerait qu’avec cette fin d’automne très clémente, les abeilles aient consommé beaucoup de réserves, il faudra donc être particulièrement vigilant et ne pas hésiter à distribuer du candi. Même si cet apport n’est pas le fruit de la récolte des abeilles, apporter du candi vaut mieux que de laisser une colonie « mourir de faim », c’est à la fois très contrariant et impardonnable…

Si vous voulez déplacer vos ruches de quelques mètres, c’est le moment opportun, après une période d’une dizaine de jours sans sorties, les abeilles ont perdu la mémoire de leur emplacement, et toujours avec précaution, sans choc, posez vos ruches sur leur nouvel endroit.

Faites le point sur le matériel à renouveler et à acheter, ne vous y prenez pas au dernier moment et pensez au temps de séchage des lasures ou autres produits protecteurs (ruches, ruchettes).

Il est temps également de fondre les cadres pour récupérer la cire ; surtout ne pas tout mélanger, faire un tri au préalable afin de différencier celle des corps et celle des opercules. La cire la moins belle servira à fabriquer des bougies ou sera vendue à un artiste sculpteur pour ses moules ou à un ébéniste pour la confection d’encaustique et l’autre pourra, à l’aide du gaufrier mis à disposition par votre syndicat vous permettre de fabriquer vos propres cires gaufrées qui seront d’ailleurs bien mieux acceptées que celles du commerce.

Fondre les cadres

Atelier cire : gaufrer sa cire

Atelier cire : fabriquer des bougies

Pour conclure, disons que l’automne et l’hiver sont les périodes les plus appropriées pour se cultiver et enrichir sa bibliothèque d’ouvrages apicoles ; vous pourrez y puiser de judicieux conseils car il faut reconnaître que le sujet est complexe ! Plus que jamais, il nous faut être informés. Rendez-vous maintenant en février.

Bonne année 2020 à toutes les apicultrices, tous les apiculteurs et toutes les abeilles de la Manche !

A.L. et K.L.